#26 Le Botswana et les grands espaces

#26 Le Botswana et les grands espaces

« Du 18 au 27 Août« 

Sua Pan 

Il y a plus de 10 000 ans, le Botswana possédait un lac de plus de 60 000 km². Depuis, une grande partie s’est asséchée pour former de larges déserts de sel, appelés pans. La taille de tous ces pans cumulés est supérieure à celle du célèbre Salar d’Uyuni en Bolivie, connu comme étant le plus grand désert de sel. En saison sèche, une croûte de sel séché à perte de vue donne l’illusion d’être sur la lune. Le pan agit comme un miroir reflétant la luminosité éblouissante du soleil au zénith.
Avant de nous y rendre, nous faisons le plein d’essence et de provisions. Nous partons pour plusieurs jours dans un désert reculé. On s’informe aussi sur la possibilité de rouler sur les pans. Nous retenons qu’il faut faire très attention. Le pan peut sembler sec mais ce n’est que superficiel. Les couches inférieures encore humides peuvent s’enfoncer sous le poids du véhicule et il est alors très difficile d’en sortir. Mieux vaut rester en bordure du pan ou suivre les traces déjà empruntées.

Très rapidement, les paysages se font plus désertiques. Nous roulons dans un décor doré, longeant les grandes plaines d’herbes séchées. Nous ne croisons personne, hormis un homme à cheval, une femme et son enfant. Peu de gens vivent dans cette région. Les kilomètres s’enchaînent doucement sur la route sableuse mais nous restons émerveillés par ces étendues dont on ne voit pas le bout. Nous apercevons de premières traces blanches. Nous arrivons enfin au pan de Sua. Que c’est beau ! Du blanc à perte de vue. Nous roulons un peu, juste assez pour choisir notre spot pour ce soir. 

Avant de s’avancer sur le pan, nous sommes vigilants. Après tout ce que nous avons lu, nous ne voulons pas nous enliser. Pauline et Valentin, pelle à la main, partent évaluer la situation. Le pan n’est humide qu’en profondeur, nous pouvons rouler sur le bord. Parfait, notre spot est validé !

Nous profitons des dernière heures de soleil pour s’amuser un peu avec l’appareil photo. Dans cette étendue immaculée de blanc, la perte de repère est favorable aux trompes l’œil. 

Les couleurs du soir sont magnifiques. La visibilité de ce désert blanc, nous offre un spectacle rouge orange incroyable. Le crépuscule se dédouble pour le plus grand bonheur de nos yeux. Installés avec une bière, nous profitons de cet instant magique. Le ciel change et les couleurs laissent place au noir de la nuit.

Loin de toutes pollutions lumineuses, les étoiles et la voie lactée brillent dans le ciel. La lune est encore cachée, toute la lumière émane de la voie lactée. Nous apprenons à reconnaître les constellations qui ne se dévoilent que dans l’hémisphère sud : le scorpion, la couronne australe, la croix australe. Nous ne nous éloignons pas trop du feu car les nuits sont assez froides au Botswana, en cette saison.

Le lendemain pour bien commencer la journée, avant même de déjeuner, nous partons pour un footing. À courir sans repère dans un paysage répétitif, nous perdons toute notion de vitesse et de distance. Heureusement, le GPS est là pour nous aider à retrouver la van.

Nous repartons pour aller voir un autre endroit du pan. Grisés par les paysages époustouflants qui s’offrent à nous, nous nous rendons compte trop tard que la zone dans laquelle nous venons de rentrer est moins stable. Il ne faut pas aller plus loin. Avec le stress, notre premier réflexe est de s’arrêter. Mauvais choix ! En ralentissant, le poids du van s’est accumulé à l’avant, il s’est alors affaissé. Les roues avant sont maintenant enfouies dans 25cm de glaise. 

Même si nous y avons passé la nuit, nous sommes chanceux d’avoir trouvé de l’aide pour en sortir moins de 24h plus tard.

(Cf..Episode 26 | Bloqués au Botswana à plus de 100 km de la civilisation)

Khwai community

Nous quittons le pan un peu plus tard que prévu, mais heureux de retrouver la civilisation. C’est dans un camping au milieu des baobabs que nous rechargeons nos batteries avant d’entamer la route vers le delta d’Okavongo. Une bonne douche s’impose !

Le delta est immense, c’est l’un des plus grands de la sorte. Il ne se jette pas dans l’océan mais sur les terres du Botswana. C’est en général à partir de juillet, en saisons sèche, qu’il est inondé. A cette période, l’eau des rivières d’Angola a suffisamment coulé pour l’alimenter pleinement. 

Nous choisissons d’explorer un des bras du delta, côté Est, à l’intersection où il rejoint la communauté de Khwai. C’est ici, que nous comptons passer la nuit. Situé entre les parcs nationaux Moremi et Chobe, la vie sauvage y est dense. Contrairement aux parcs voisins, il n’y a pas de frais d’entrée. Les campings, tenus par la communauté Khwai, permettent de soutenir les populations locales et préserver cet espace du parc sans le rendre payant.  

Une fois installés à notre camp, il ne faut pas s’éloigner. Nous sommes en plein milieu du parc et aucune barrière ne nous protège des animaux sauvages. La nuit tombe et chacun s’attèle à une tâche: Quentin prépare le feu, Pauline et Laurène s’affairent en cuisine tandis que Valentin installe la tente de toit. Alors que nos voisins de camping rentrent d’un game drive à la tombée de la nuit, ils s’arrêtent à seulement 50m de nous, phares allumés. On ne comprend pas tout de suite, jusqu’à ce qu’une ombre sorte du buisson. Un félin ! Nonchalamment, il traverse la route et part dans les broussailles. Impossible de savoir si nous avons vu un léopard ou une lionne. Il est passé juste devant les phares de la voiture, laissant seulement percevoir une silhouette féline. D’ailleurs, nous ne l’aurions sûrement pas vu sans. Pas très rassurés, nous nous remettons en action pour lancer le feu. Avec, nous serons protégés, les animaux sauvages en ont peur. La nuit est belle. Encore une fois, la voie lactée est bien visible à l’œil nu. En ce moment, la lune ne sort que tard dans la nuit ce qui nous offre de belles soirées étoilées.

Vers la Namibie 

Hier, nous avons déposé nos amis à l’aéroport de Maun. Nous ne nous sommes pas attardés en ville. Dans la foulé, nous avons rejoint la nature au milieu des acacias Erioloba. Ses fruits ovales, remplis de petites graines, font un bruit de maracas lorsqu’on les secoue.

Sur la carte, nous sommes tout près d’un lac. Curieux de voir à quoi il ressemble, nous marchons dans cette direction. Nous suivons un petit chemin dans le sable entre les arbres qui obstruent la vue. Nous devrions être arrivés mais nous ne voyons toujours rien. Nous comprenons alors qu’en cette saison sèche, il est bien plus petit. C’est ce que nous confirme Petrus du haut de son cheval. Il habite tout proche, nous sommes ses nouveaux voisins éphémères, en quelques sorte. Il est venu nous saluer. Issu de la tribu Herero, il tient ses origines de Namibie. Les vaches que nous avons vues pâturer aux alentours, lui appartiennent. Les Hereros ont un passé assez sombre. En 1904, les Héréros se sont soulevés contre la colonisation allemande en Namibie. Ils ont alors été victimes d’une grande répressions réduisant la population de 80000 à 15000 individus. Depuis, les femmes portent des robes de style Victorien des années 90 comme mémoire de ces tragiques événements. Ces robes ont été introduites par les épouses allemandes des missionnaires et des colons arrivés dans le pays au début des années 1900.

La Namibie est notre prochaine destination justement. Nous avons fait le choix de traverser la frontière de Dobe où vivent les San, également appelés bushmen. C’est un peuple de chasseurs-cueilleurs qui vivaient encore en autonomie jusqu’en 1990.

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